Dès la rentrée, 5 CDD d’enseignement (dénommés Attaché.e Temporaire d’Enseignement ou ATE) – d’un an renouvelable un an – seront mis en place à l’Université, avec un service de 384 heures pour un salaire d’environ 2000 euros bruts. Permis par la LRU, ces contrats sont présentés comme palliant le manque criant d’enseignant-e-s sur certaines formations, tout en poursuivant un objectif affiché de « résorption de la précarité ». Le Collectif s’indigne de cette mesure qui, en plus de perpétuer la précarité, ne tient aucun compte de nos situations professionnelles. Nous demandons à l’Université de mettre en place une politique de contractualisation concertée et digne de ce nom, comme nous la réclamons avec constance depuis de nombreuses années.
384 heures d’enseignement par an : un enfer programmé
Le poste proposé prévoit une charge d’enseignement extrêmement volumineuse: préparer et donner l’équivalent de 16 TD par an, en corriger les copies, gérer la relation avec les étudiant.e.s de chaque groupe, assister à autant de réunions pédagogiques… avec ces ATE, l’Université nous condamne à l’épuisement professionnel, lequel touche déjà énormément de personnels, titulaires comme précaires.
En ne prévoyant aucune dimension de recherche, l’Université condamne aussi les précaires à connaître davantage de difficultés dans une insertion professionnelle pérenne déjà extrêmement difficile et qui relève de plus en plus de l’impossible. Les publications, les communications à des congrès constituent une dimension essentielle du travail des docteur-e-s, qui ont encore à valoriser leurs travaux une fois la thèse terminée et qui doivent même se lancer rapidement dans de nouveaux projets, le plus souvent à titre gratuit. Car la recherche reste le critère essentiel de recrutement sur un poste. Les ATE, de par leur service d’enseignement hors normes, contraindront les précaires à ne plus s’investir sur ce plan et ce faisant, ruineront leurs chances, déjà maigres, d’intégrer durablement l’ESR.
La fac fait des économies sur la qualité de l’emploi et des formations !
 
Présentés comme un « investissement », les ATE sont bien plutôt une preuve supplémentaire d’une démarche consistant à faire clairement des économies : un ATE, c’est deux ATER à temps plein pour le prix d’un ! Ces contrats nous signifient, comme souvent dans l’ESR, que nos compétences ne valent pas grand-chose et qu’il va encore falloir se contenter de miettes, dans un contexte de pénurie d’emplois. Cette dévalorisation de notre travail nous fait perdre trop souvent l’estime de soi lorsqu’elle est intériorisée.
La volonté d’apporter une solution à la précarité avec des CDD d’un an nous laisse également très perplexes. Un CDD d’un an ne permet toujours pas de se projeter sereinement dans l’avenir et de se stabiliser : c’est donc toujours de la précarité. Il n’apporte pas non plus de solution durable au manque d’enseignant-e-s, dans des formations qui connaîtront du coup un turn-over incessant. En un an, pas le temps de se familiariser avec les cours, ni avec les étudiant-e-s, impossible de s’investir comme on le voudrait du fait de la surcharge de cours… les ATE risquent d’avoir des conséquences fâcheuses pour la qualité de l’enseignement. Pour sécuriser les formations, il faut d’abord sécuriser le personnel qui y intervient, et de façon pérenne !
ATE : une réponse qui est loin d’être à la hauteur des besoins
Le nombre de postes envisagé (cinq, un an par UFR) est aussi ridiculement insuffisant par rapport aux besoins des départements et à la quantité de précaires qui interviennent au cœur des formations. C’est une réponse très en-dessous de ce que réclament désormais la majorité des personnels universitaires : des postes de titulaires, et vite ! Par ailleurs, la rareté de ces postes ne fera qu’introduire du conflit entre départements, qui risquent fort de se battre pour obtenir un ATE. Or, comment arbitrer entre autant de formations en crise du point de vue du nombre d’enseignant-e-s ?
De même, les départements risquent fort d’être traversés par des tensions internes, pour savoir qui sera l’heureux-se docteur-e qui drainera les 384h, là où auparavant plusieurs personnes pouvaient bénéficier d’une expérience d’enseignant-e, tout en rechargeant les droits au chômage perdus durant la fin de thèse… Désormais, les doctorant-e-s verront leur aides sociales détournées par l’ESR, avant de se voir expulsé-e-s sans « aucune » protection dans le monde civil. Chronique d’une mort annoncée…
On peut également s’indigner de la manière dont ces postes sont créés, sans aucune concertation, ni avec les principales et principaux concerné-e-s, ni même avec les syndicats : l’Université impose ces ATE et il n’y a pas à discuter. De plus, nous ne disposons d’aucune information concernant le processus de recrutement en lui-même, qui laisse présager que l’opacité, les petits arrangements seront, encore et toujours, la règle d’un concours qui se veut public et cadré par l’État.
La destruction de l’université en marche
Il ne fait aucun doute : la précarisation de l’université publique se poursuit tranquillement avec ces ATE, en totale adéquation avec la LPR qui sera prochainement mise en place et qui apportera avec elle son lot de contrats atypiques. Tenure track, CDI de chantiers, post-doc, la multiplication de ces contrats nous éloigne toujours plus de la titularisation et porte directement atteinte au métier d’enseignant-e chercheur-e, qui risque à terme de se pratiquer majoritairement dans la précarité.
Alors que l’ESR est déjà à bout, le gouvernement, avec ses réformes, en accentue la dégradation : la recherche, l’enseignement, ça ne peut pas se faire dans la précarité à vie !
Nous nous joignons au communiqué du « Collectif ESR Toulouse » qui dénonce les ATE et que nous vous invitons à consulter.